Interview de Mr Durand sur la bataille de Gesté, sur la base du texte ci dessous :
La paroisse Saint-Pierre de Gesté, dépendant pour le spirituel de l’évêché d’Angers et du Doyenné des Mauges, dépendait pour le temporel de la juridiction de Beaupréau, et présidial d’Angers
En 1792, la colère monte de plus en plus à Gesté (1623 habitants). Les habitants de la localité, de tempérament conservateur, n’approuvent pas les excès de la révolution. Ils sont blessés dans leur conscience.
La constitution civile du clergé, votée le 12 juillet 1790 a mécontenté profondément la population. Celle-ci n’accepte pas la nationalisation des biens du Clergé et encore moins qu’on lui impose un curé constitutionnel considéré comme un intrus. L’intrus, c’est le curé assermenté, Pierron, qui a remplacé en juillet 1792 le curé Taugourdeau, réfractaire.
Les paroissiens restés fidèles au Pape, considèrent comme nuls les sacrements d’un prêtre obéissant aux ordres de la révolution et de ce fait séparé de Rome.
L’intrus sera tué au lieu-dit Chêne Trutton en septembre 1792. Les sacrements seront administrés en cachette par l’abbé Delaunay, vicaire de 1792 à 1798, qui réussira à se cacher dans les forêts des environs pour échapper aux révolutionnaires.
Les municipalités partagent entièrement les sentiments religieux de leurs administrés et vont essayer le 30 avril 1792 de régler ce problème épineux par la négociation. Les maires de 34 communes se réuniront ce jour là à la Poitevinière, chez Courbet, charpentier et aubergiste, devenu maire en 1790 et démissionnaire en 1791.
L’abbé Cantiteau, curé du Pin en Mauges est chargé de la rédaction d’une pétition par laquelle est demandé le retour des prêtres infidèles et l’éloignement des intrus. La réunion est sans succès. Elle sera suivie d’une seconde au même lieu, le 8 mai de la même année. Celle-ci est dispersée manu militari par le lieutenant de gendarmerie Boisard.
Les esprits commencent à s’échauffer.
Les 21 janvier 1793, Louis XVI est guillotiné.
Dans les campagnes de l’ouest, de tradition catholique et royaliste, la colère gronde.
C’est donc sur un peuple mécontent, anxieux, énervé, que l’annonce de la levée en masse de 300 000 hommes pour défendre les frontières, éclate comme une bombe. L’annonce de la conscription parvient à Gesté le samedi 2 mars en plein marché. La nouvelle est fort mal reçue.
Le 12 mars, le tirage au sort à Gesté se déroule normalement en présence de 260 hommes d’armes. Il n’en est de même, le même jour, à Saint Florent le Vieil où éclate une véritable émeute.
Les Gestois, comme la plupart des vendéens, ne veulent pas envoyer leurs gars défendre une patrie qui leur refuse la liberté religieuse à laquelle ils sont si profondément attachés. Ils s’arment comme ils peuvent, vont rejoindre les insurgés des communes environnantes et participent à la première campagne qui après quelques victoires échoue devant Nantes.
Le 29 juin, Pierre Gautier, 26 ans cultivateur à la Brûlaire est tué au combat de la Saint-Pierre à Nantes.
Les registres de l’état civil de l’époque relatent également le décès de Jean Boussicot, 37 ans meunier au moulin de la Thévinière, décédé au combat de Martigné-Briant en juillet.
Le 14 août, Joseph Sicher, valet à la Thévinière est tué à la bataille de Luçon et jean Racineux, 16 ans, disparaît à la bataille de Cholet le 17 octobre suivant.
Plusieurs dizaines d’hommes ont également participé au retrait de Cholet et au passage de la Loire pour la virée de galerne, 16 d’entre eux sont portés disparus et ne reviendrons jamais.
Tous ne passèrent pas la Loire. Deux d’entre eux accompagnèrent le marquis d’Elbée, blessé 14 fois lors de la déroute de Cholet, qui demanda l’hospitalité à Charrette dans l’île de Noirmoutier. Ils furent pris et fusillés comme lui par les révolutionnaires. Ce sont, Joseph Vincent, 21 ans, tisserand au bourg, fusillé le 12 janvier 1794 et Jacques Vincent, 36 ans son frère, fusillé le 18 janvier.
Gesté n’échappa pas aux colonnes infernales. Les chefs républicains appliqueront à la lettre les consignes de Thurreau :
« Tous les brigands qui seront trouvés les armes à la main, ou convaincus de les avoir prises, seront passés au fil de la baïonnette. On agira de même avec les femmes, filles et enfants qui seront dans ce cas. Les personnes seulement suspectes ne seront pas plus épargnées. Tous les villages, métairies, bois, genêts et généralement tout ce qui peut être brûlé, sera livré aux flammes. »
Stofflet, au retour de la virée de galerne, se jette contre les colonnes infernales et participera à la bataille de Gesté, les 31 janvier et 1 février 1794.
La bataille de Gesté :
Vers la fin de janvier 1794, les vendéens avaient formé un rassemblement à Tillières, rassemblement inconnu des républicains de Gesté, car le 30 janvier, ils s’emparèrent facilement de cette localité alors habité de 1623 habitants. Les vainqueurs toutefois retournèrent coucher à leur camp de Tillières.
Le lendemain, vendredi 31 janvier, vers midi, arrivèrent les rejoindre, Stofflet, de la Bouère, le jeune Cathelineau et les hommes que commandait la Rochejaquelein, tué si malencontreusement l’avant-veille à Nuaillé. Dès le soir, tous ensembles allèrent se coucher à Gesté. Là, ils apprirent que les républicains, croyant la Rochejacquelein à leur tête, voulaient les attaquer en les enveloppant avec trois colonnes infernales fortes de chacune 3000 hommes environ et commandées par 6 généraux : Cordelier, Crouzat, Flavigny, Moulins, Robinet et Jacob. A cette nouvelle, ils résolurent d’aller au plus tôt à la Regrippière demander du secours aux de Bruc qu’ils savaient avoir formé là un rassemblement.
Du côté des républicains, Cordelier et sa colonne quittent Jallais le matin et arrivent à Montrevault où ils trouvent le1er bataillon de Maine et Loire dit des pères de famille. Apprenant là que des bandes vendéennes sont passées la veille à Montigné, Montfaucon, à Tillières et à Gesté, il ordonne à Crouzat qui se trouve à Saint Philbert en Mauges de se porter à Gesté et d’attaquer les blancs sur 2 colonnes. Le bataillon des pères de famille va rester à Montrevault pour le garder car Cordelier ne l’a finalement pas incendié, l’esprit public ne lui paraissant pas mauvais dans cette bourgade.
Dès le lendemain samedi 1er février, de grand matin, Stofflet, Poirier de Bauvais et Monnier partirent réclamer du secours, laissant à la tête des hommes de Gesté, Cathelineau, de la Bouère et de Beaurepaire.
A peine les délégués furent-ils partis que l’on signala l’arrivée des bleus vers 8 h du matin par la route de Villedieu. C’était Crouzat venu de Nantes par Clisson, Torfou et ayant couché à Saint Philbert. Le combat commença au Petit-Moulin et se continua avec acharnement jusqu’au bourg. Les vendéens accablés par le nombre pliaient et déjà quelques-uns avaient pris la fuite dans la direction des landes de la Musse. Les républicains, au lieu de les poursuivre sans trêve, s’attardèrent dans le bourg à massacrer les infirmes, femmes, enfants et vieillard à qui pourtant ils venaient de promettre la vie sauve pourvu qu’ils restent dans leur maison.
Ce retard donna du répit aux vendéens qui, avec quelques recrues venues fort à propos de la Regrippière, revinrent à la charge. Cette fois, les ennemis furent mis en complète déroute et poursuivis jusqu’au-delà de Villedieu, perdant beaucoup d’hommes tout le long de la route. A leur retour à Gesté, les royalistes trouvèrent le bourg envahi par les bleus, c’était la division Cordelier venant des environs du Puiset et arrivée trop tard pour secourir Crouzat. La plus grande partie des troupes de cette colonne Cordelier était campée en dehors de la localité auprès du moulin de Tambourinières où elles semblaient se fortifier pour mieux connaître les positions de l’ennemi.
Monsieur de la Bouère et un autre cavalier s’avancèrent jusqu’au pont de bois. Là, ils furent attaqués par deux sentinelles non en uniformes. Dans le combat qui s’engagea, M de la Bouère eut l’oreille coupée. Malgré sa blessure, il aida son compagnon et se tira de ce mauvais pas après avoir blessé grièvement les deux assaillants.
De retour auprès de Stofflet, tous les chefs jugèrent ensemble qu’il n’était pas prudent de différer le combat. Aussitôt donc l’attaque commença. Le choc fut terrible et meurtrier lorsqu’il s’agit de s’emparer du Moulin des Tambourinières. Deux fois les Vendéens furent repoussés, mais à une troisième attaque, l’ennemi fut débusqué de son fort et obligé de fuir en désordre par la route de Nantes. Les vainqueurs les poursuivirent, la baïonnette aux reins jusqu’à la Sanguèze au lieu-dit le pont des romains, où les fuyards abandonnèrent chariots et ambulances qui furent aussitôt pillés.
A ce moment, Stofflet s’aperçu qu’il était suivi de près par une autre colonne d’ennemi, celle de Beaupréau arrivée en retard de Chalonnes. Le général, sachant ses hommes trop fatigués pour affronter un nouveau combat, leur commanda de gagner la Chaussaire. Ce changement de front arrêta les républicains qui crurent à une ruse de guerre comme les vendéens en employaient souvent. Ils retournèrent sur leurs pas vers Beaupréau d’où ils revinrent, mais en passant à Gesté ils incendièrent le bourg à l’exception de quelques maisons qu’ils connaissaient. Seules, six maisons restèrent debout.
Rendus à la Chaussaire, Stoffet commanda à Monnier de prendre avec lui deux hommes connaissant le pays et d’aller le soir même coucher vers Saint-Germain afin de pouvoir le lendemain réunir le plus d’hommes possibles et de revenir le trouver pour aller ensemble à Beaupréau surprendre les bleus qui n’avaient pas oser les attaquer. Monnier, quoique bien fatigué, malgré la nuit noire et l’heure avancée partit immédiatement avec ses deux compagnons. Voici comment lui-même raconte leur passage à Gesté : Arrivée à l’entrée du bourg, nous nous arrêtâmes quelques instants pour nous assurer qu’il ne restait pas quelques bleus là. N’entendant que le bruit des flammes et des charpentes qui s’écroulaient, nous nous décidâmes quand-même à traverser. Mais comment faire ? Les charpentes des maisons en feu tombaient dans les rues. Heureusement que nos chevaux n’étaient pas peureux car nous passions sur des chevrons en feu qui nous barraient le chemin. Nous voyons dans les portes et dans les intérieurs des maisons des femmes et des vieillards égorgés que le feu brulait et dans les rues des enfants massacrés et écrasés que l’on avait jetés. Ce qui nous effraya le plus, ce fut une maison encore debout toute en feu. Nous aperçûmes dans les chambres du bas une quantité de victimes qui brulaient et dont l’odeur qui sortait par les croisées nous infectait. A peine étions nous passé de quinze pas que la charpente s’écroula, ce qui fit un feu épouvantable. Ce fut le spectacle que nous eûmes en traversant le bourg de Gesté le Premier février 1794 à dix heure du soir.
Le surlendemain, Stofflet et le renfort que lui amena Monnier, l’escadron de Montfaucon, battirent les bleus retournés à Beaupréau.
La croix du Petit-Moulin, érigée le 29 novembre 1892, commémore la victoire vendéenne de la bataille de Gesté du 1er Février 1794.
S’apercevant que les vendéens cherchent à le cerner, le général républicain ordonne la retraite sur le Doré, d’autant plus que ses bataillons de première ligne sont enfoncés. Son avant-garde, devenue arrière garde, et sa cavalerie protègent sa retraite. A 8 h du soir, au Doré, il ignore ce qu’est devenue une partie de sa colonne écrasée et apeurée car « les hurlements affreux de l’ennemi ont porté l’épouvante dans l’âme des soldats ».
La brigade de la division Cordelier commandée par l’adjudant-général Flavigny, fuit jusqu’à Nantes. A Cholet, le général Moulin « le jeune », annonce à Thurreau arrivé à Montaigu, la défaite de la colonne de gauche du général Crouzat, commandée par le chef de brigade Robriquet, à Gesté. Celui-ci a retraité sur Saint-Philbert en Mauges où il n’a pas retrouvé son chef et il a essayé de protéger un convoi qui le suivait. Les fuyards ont regagné Cholet.
Le dimanche 2 février à 3 h du matin, Cordelier quitte le Doré pour gagner Montrevault où il arrive à la pointe du jour. Il y retrouve une partie des fuyards de la veille, mais pas son avant-garde.
A 1 h du matin, la brigade de Flavigny, en fuite depuis Gesté, se présente à la barrière Saint Jacques au sud de Nantes et demande à entrer dans la ville. Le général Vimeux commandant de la place, lui refuse l’entrée et après lui avoir fait passer la nuit dehors et interrogé Flavigny, il envoie cette brigade au Loroux-Bottereaux où elle attendra de nouveaux ordres.
Dans une lettre au général en chef, Carrier, qu’on ne voit jamais aux armées et qui se terre courageusement à Nantes, lui ordonne de prendre des sanctions contre les traitres et les lâches responsables de la défaite de Gesté qu’il qualifie « de déroute vraiment inconcevable ». Pour lui, il est étonnant et humiliant que des républicains aient lâchement fui devant un rassemblement de brigands sans artillerie et dont la plupart n’avaient point de fusils.
Le lundi 3 février 1794, Stofflet accompagné de la Bouëre, de Rostaing, de Fleuriot, de Bérard et des frères de Bruc, venant de la Chaussaire, attaque Beaupréau où il est victorieux, puis il marche sur Chemillé désert et revient à Maulévrier, où il apprends à ses divisionnaires la mort de la Rochejacquelein, tenue cachée jusqu’à ce jour.
Le mardi 4 février, le général Moulin envoie à Tiffauges un détachement de 530 soldats de la colonne de Crouzat, réfugiés à Cholet après leur défaite de Gesté. Cherchant à se laver de son échec de Gesté, le général Cordelier, toujours à Montrevault où il a rassemblé toutes ses troupes, dénonce à Thurreau, l’adjudant-général Flavigny comme bouc-émissaire. Il lui reproche de n’avoir pas obéi à ses ordres, d’avoir filé à Nantes au lieu de le rejoindre au Doré. Cordellier envoie Flavigny à Saint-Florent-le-vieil, en prison pour cette faute impardonnable.
Le mercredi 5 février le général Cordelier et sa troupe reconstituée, quitta Montrevault pour rejoindre à Tiffauges le général en chef Thurreau. Sa colonne infernale pris la route de Gesté où ils arrivèrent à l’improviste dans le bourg. Là, ils firent main basse sur les malheureux habitants qui avaient crus pouvoir entrer dans leurs demeures incendiées pour commencer à en réparer les dégâts. Ces infortunées victimes, jointes à celles prisent dans les fermes le long de la route de Montrevault, formaient un total de plus de trois cents. Elles furent conduites et gardées à vue devant l’hôtel où se trouvait réunis les chefs républicains. Ceux-ci, avant leur départ, divisèrent leurs hommes en deux colonnes dont l’une prit la route de Clisson ou l’attendait Grignon. L’autre se dirigea sur Montfaucon et Tiffauges. Cette dernière division conduite par Cordellier se chargea d’emmener avec les prisonniers. Au moment du départ, fut réclamée l’ancienne domestique du curé Pierron, le curé jureur appelé l’intrus et tué au lieu-dit « le Chêne Trutton ». Cordellier exauça cette demande amicale et accorda la liberté à la jeune servante par ces mots : « Casaquin rouge, sortez des rangs ».
La colonne déjà en marche, continua sa route vers le Plessis. Les victimes qui n’ignoraient pas le sort qui les attendait, marchaient en silence égrenant leur chapelet. Un témoin oculaire, une domestique de l’Ecorcheloire occupée à laver du linge dans le ruisseau entre le bourg et le Petit-Moulin, eut son attention attirée par les pas de la troupe silencieuse. La tête de la colonne n’était plus qu’à quelques pas d’elle, alors ne pouvant plus sans danger s’enfuir, elle se blottit dans le buisson qui lui servait d’abri. Elle vit qu’en deçà du Petit-Moulin une pauvre femme ne pouvant suivre fut assommée ainsi que l’enfant qu’elle portait dans ses bras. Les deux cadavres furent jetés dans un pré voisin. Il s’agissait de Renée Godin demeurant au bourg, agée alors de 28 ans, fille de Pierre Godin journalier et de Marie Rousselot, épouse de Jean Ravejeau Journalier. Sa fille Perrine Ravejeau massacrée avec elle n’était agée que de cinq ans. Lorsque la colonne fut rendue au Plessis, les victimes furent placées dans l’allée de la Bourie où les bourreaux après avoir mis le feu au château et à ses dépendances les fusillèrent à la lueur de l’incendie.
Les corps des martyrs reposent au lieu même du supplice, à l’endroit où se trouve une croix en pierre érigée le 29 novembre 1892.
Après ce haut fait d’armes Cordellier pouvait bien écrire le lendemain à son chef Thurreau : «J’ai ponctuellement exécuté ton ordre de purger par le fer et le feu les endroits que j’ai rencontrés sur ma route, car indépendamment que tout brule encore, j’ai fait passer derrière la haie, environ six cents particuliers des deux sexes. »
Le même jour, Marc-Antoine Jullien, fils d’un conventionnel, envoyé de Bordeaux à Nantes dans l’ouest pour observer l’esprit public de plusieurs villes écrivait à Robespierre une lettre dénonçant la tyrannie et les crimes de Carrier et de son exécutant, Thurreau.
Mais Thurreau se trompait lorsqu’il disait le 19 janvier 1794 : Sous quinze jours, il n’existera plus en Vendée, ni maisons, ni armes, ni vivres, ni habitants. En effet, Stofflet continua la lutte contre les colonnes infernales et vengera la cruauté des sanguinaires.
Il est difficile de connaître avec précision le nombre de victimes gestoises. De 1623 habitants recensés en 1790, on n’en compta plus que 1140 en 1806, 11 ans après.













